Dernière minute

Devenez adhérent et venez nous rejoindre à notre voyage musical du printemps 2012

Le 30 mars 2012

 

A la Fondation La Borie en Limousin

 

 

19 h 00 : Concert David Kadouch

 

Buffet

 

21 h 00 :  Concert David Kadouch

 

Tarif 55 euros par personne (voyage, concerts et buffet)

 

Contact : Anick Chevalier

 

Site Fondation La Borie

 

"Souvenirs d'un Festival"

Comme chaque année, l’Académie de musique ancienne faisait revivre les murs vénérables de l’abbaye de Saint Amand de Coly...

Ode à Ste Cécile, glorification de la musique, des musiciens et de leurs instruments. Les jeunes chanteurs vibrent dans la joie de cet hymne, à l’unisson des instrumentistes. Et déjà se font jour des qualités vocales très affirmées, en particulier chez Héloïse Derache et Elena Rakova, sopranos, Rodrigo Ferreira, contre ténor et Pierre Boudeville, basse. Si le fil rouge nous guide vers Ste Cécile, il reste que le glissement d’un Charpentier méditatif et quelque peu austère à un Purcell brillant et majestueux (tous deux parfaitement contemporains cependant) met en valeur deux esthétiques bien différentes, ce qui souligne davantage encore la qualité du travail des jeunes musiciens, dont l’enthousiasme évident est très communicatif (si l’on en juge par les réactions tout aussi enthousiastes du public).

 

Le Festival a choisi en 2011 d'honorer le grand compositeur européen que fut Franz Liszt. Le thème de la saison, celui des "Harmonies du soir", est une référence à une de ses oeuvres et à l'atmosphère qui baigne nombre d'entre elles. Dans ce cadre, le choix artistique du grand pianiste lisztien qu'est Giovanni Bellucci était un évènement attendu des mélomanes. Le pianiste romain- Rome est une ville que Liszt a beaucoup aimé et il y a vécu nombre d'années - est aujourd'hui l'un des interprètes les plus enthousiasmants de l'oeuvre du compositeur hongrois. Il est tout à la fois un homme de défis à la scène, un musicologue possédant une connaissance intime de l'oeuvre lisztienne, un artiste aimé du public. Les défis étaient multiples cette année pour la "carte blanche" que lui avait confié le Festival : donner 3 concerts dans 3 lieux différents en quelques jours (les jardins d'Eyrignanc le 04/08, l'abbaye de Saint Amand de Coly le 09/08, l'église de Saint Léon sur Vézère le 10/10), caractériser fortement chaque concert (le jeune virtuose passionné et mondain, dans un spectacle consacré aux amours de Liszt et Marie d'Agoult ; le Liszt de la maturité lors d'un concert avec l'Orchestre de Chambre de Prague, dédié à la "Génération 1810" autour d'oeuvres peu connues, la Malédiction et l'Angelus ; l'homme préoccupé de son âme, des relations entre la vie, le pouvoir, le savoir et la mort, sur le thème "Liszt et Faust" traité en récital) et conserver l'attention du public. Ces paris ont été tenus ! La générosité, l'engagement physique comme le jeu brillant et sévère tout à la fois de Giovanni ont emmené le public  dans la conquête ardue mais enthousiasmante des diverses façades d'un monument mal connu. Ce furent des moments exaltants, inscrits dans une programmation exigente comme le Festival sait les proposer...

 

A Auriac, musique baroque toujours, avec « Amour heureux, amour malheureux » : le même Purcell et son Fairy Queen se retrouve confronté au Rameau des Indes Galantes. L’occasion de réentendre des chanteurs déjà confirmés, qui évoluent avec aisance dans le royaume de la fantaisie et de la féérie. Sans décors ni costumes, les airs et les duos traduisent à merveille la poésie fantasque de ces mondes de fées et de masques. Eugénie Lefebvre, Hasnaa Bennani, Yann Vergeot et Cyril Costanzo tirent leur épingle du jeu dans le lamento aussi bien que dans l’aimable fantaisie...

 

Mais pas de Festival du Périgord Noir sans quatuor. Et c’est un accord parfait que nous propose le Quatuor Accord, dans un programme qui fait la part belle aux compositeurs hongrois, bien sûr. Un programme qui ménage une belle découverte (pour de nombreux auditeurs), ces Métamorphoses nocturnes de Ligeti, dont les rythmes brisés et les tonalités sombres étaient une heureuse illustration de ces Harmonies du soir, thème du Festival. Belle introduction, par ailleurs, au 2ème quatuor de Bartok, profond et douloureux : l’exigence et le sens des nuances des musiciens du Quatuor Accord en donnent une version mémorable.

 

C’est une grande figure, hongroise également, qui nous a tenus sous le charme de son jeu poétique et nuancé. De Beethoven à Kodaly, en passant par Chopin et Liszt, c’est tout le piano romantique qui revit sous les doigts de Tamas Vasary. Chez lui, tout n’est que rigueur, élégance sans fioritures, suprême maitrise du geste : un grand maître était là, et l’église de Saint Léon retenait son souffle....

 

Les Harmonies du soir s’attachent aux pas du mélomane. On les retrouve, par une nuit étoilée - pour rester dans la note- à Saint Léon, lors du concert des lauréats du concours de Genève, au fil des mélodies françaises, en compagnie de Fauré et Poulenc. Cependant, c’est dans les Rückert Lieder de Malher que la voix d’Irina de Baghy atteint toute sa plénitude : avec des inflexions profondes et chaudes : elle habite avec passion ces mélodies, qui contrastent avec la poésie intimiste des autres œuvres du programme.

 

 

 

De lauréats en lauréats, les jeunes artistes sont à l’honneur. Ceux de la Fondation d’entreprise Safran mettent la musique russe sur le devant de la scène. Et dans les deux récitals donnés par les lauréats, Chostakovitch tient une place de choix avec sa sonate pour violoncelle et piano et son 2ème trio : interprétés avec fougue, enthousiasme et engagement, les œuvres séduisent sans peine l’auditeur le moins réceptif à cette musique profondément humaine et dramatique. Les qualités de virtuoses ne manquent pas à ces artistes talentueux (il faut voir danser avec son violon la jeune coréenne Mi-sa Yang), mais on retiendra la sensibilité et la musicalité du violoncelliste Georgi Anichenko et de Anastasia Terenkova, pianiste, dans deux programmes où Ravel fait écho à Prokofiev, et où la Mephisto Waltz de Liszt dialogue avec le Grand tango de Piazzola.

 

La « carte blanche » est toujours un moment très attendu au Festival : espace de liberté et de convivialité accordé à un musicien qui réunit pour l’occasion ses amis autour d’un festin musical qu’il partage avec un plaisir non dissimulé avec ses invités/auditeurs.

La programmation des trois concerts de Dmitry Sitkovetsky manifeste une grande rigueur dans la construction : les trois « moments musicaux » s’articulent autour de Mozart, Ravel et Schnittke. Le violoniste russe fait partie de ces musiciens aux multiples facettes qui surprennent autant qu’ils séduisent. Très créatif (témoins ses nombreuses transcriptions) il navigue avec aisance entre les ports d’attache de son programme, faisant preuve d’une grande complicité, non dénuée d’autorité, avec ses comparses Zemtsov, Demarquette et Lifschitz. La « force tranquille » qui émane de Dmitry Sitkovetsky s’accomode bien d’une inventivité constante, mais aussi d’un souci de rigueur et d’exigence, qui donnent à ses interprétations une lisibilité transparente.

Il est vrai qu’une remarquable programmation, qui déclinait Ravel sous toutes ses couleurs, accordait une place de choix à un Mozart intimiste -sans renier pour autant le brio et le brillant-, et dévoilait un Schnittke tourmenté et lyrique, donnait aux trois soirées cette saveur de plénitude et d’achèvement, qui rend les concerts de « carte blanche » si souvent inoubliables....

 

 

Soirée de clôture de l'Académie d'orgue à Sarlat avec la présence d'Alain Rousset

Interview du Président du Festival Jean-Luc Soulé

Du 30 juillet au 9 octobre le Périgord Noir vivra à l'heure des "Harmonies du Soir", une thématique joliment choisie qui fera la part belle à plusieurs hommages rendus à Franz Liszt dont nous fêtons le bicentenaire de la naissance. Mais en 2011, comme les années précédentes, la programmation du Festival permettra la découverte d'univers musicaux diversifiés, de Mozart à Chostakovitch, de Chopin à Bartok et la rencontre de solistes internationaux. Jean-Luc Soulé qui préside aux destinées du Festival, avec une passion de tous les instants, mesure le chemin parcouru depuis vingt neuf ans et la place que cet événement de la vie musicale nationale joue, y compris pour l'économie locale, dans l'aménagement du territoire régional.

@aqui! -  Vingt neuf ans d'existence : le Festival est indissociable de la vie culturelle, économique et sociale du Périgord, au cœur de l'été. Est-ce cela qui explique le soutien constant que vous rencontrez auprès des élus départementaux et régionaux ?

Jean-Luc Soulé - Les liens avec les collectivités, Conseil général de Dordogne et Conseil régional d'Aquitaine sont très anciens, ont existé dès le début du Festival. Nous nous sommes développés de manière progressive; le soutien des élus à ce grand rendez vous culturel, tant en Dordogne qu'en Aquitaine, a semblé tout de suite naturel. Et ce, d'autant que la dimension culturelle de l'aménagement du territoire nous est chère et traduit notre volonté d'être présents sur une quinzaine de sites, de mener des actions en cours d'année également, par exemple ce que nous faisons à Périgueux à travers des rendez vous pour le jeune public... Tout cela contribue à solidifier les liens, sans parler de l'impact économique. Avec toutes les précautions d'usage on était arrivé, à l'issue d'une étude que nous avions conduite, à montrer que le Festival avait un effet multiplicateur de cinq. Entre les effets directs et les effets induits, si on l'applique à un budget d'environ 700.000 euros on arrive à 3 ou 4 millions d'euros, ce qui n'est pas mal dans une zone rurale. Tout ceci explique, cette année encore, que les élus soient attentifs à ce que le festival puisse trouver un développement harmonieux ; d'ailleurs désormais la dynamique public-privé fonctionne bien puisque, maintenant, nous disposons de ressources privées autant que publiques.

@! - 2011 : année Liszt, vous la fêtez dès l'ouverture du Festival en proposant avec les meilleurs des musiciens, la création de Franz et Marie dans les jardins d'Eyrignac, le 4 août. Pourquoi ce choix ?

J.L. S. - Pourquoi Liszt ? Bien entendu à cause du facteur temporel, du bicentenaire de sa naissance. Mais c'est surtout parce que Liszt est un musicien que j'aime depuis très longtemps ; c'est un choix  très personnel; j'ai invité, cette année, une légende du piano qu'on n'entend plus beaucoup en France, Tamas Vasary, un vieux Monsieur qui a 83 ans mais est d'une verdeur, d'une précision magnifiques. Je l'ai revu à Budapest récemment; j'avais acheté les premiers disques quand j'étais adolescent, des enregistrements chez Deutsche  Grammophon, ces disques jaunes de notre enfance. Ils m'avaient introduit à l'oeuvre de Liszt.

Liszt pourquoi ? Parce que, paradoxalement, il est assez méconnu ; on connaît ses concertos pour piano, quelques rhapsodies hongroises ... éventuellement des poèmes symphoniques mais ça s'arrête là. Le Liszt d'un piano exigeant, le Liszt religieux ne sont pas très connus. Le concert d'ouverture que l'on produit dans le cadre magique d'Eyrignac, ces amours de " Franz et Marie", le coté à la fois romantique et tragique de leur lien, surtout quand on pense à la société européenne de l'époque, ces rapports conflictuels entre une femme et un homme que l'art lie et délie au coeur du XIX° siècle seront un temps fort, un moment de notre histoire partagée. Listz a toujours été le plus européen des musiciens avec une partie de sa vie dans ce triangle entre Rome, Budapest et Weimar... Ce spectacle d'ouverture rendra hommage à Liszt dans ce lieu magnifique. De même que la carte blanche offerte au plus "lisztien" des pianistes actuels, Giovanni Bellucci. On trouvera aussi Liszt présent dans plusieurs concerts de la saison. C'est un fil rouge et ça correspond bien  à l'esprit du Festival.

@! - Un autre temps fort sera, cette année encore l'Académie de musique ancienne consacrée à des œuvres de Purcell et Charpentier autour de Michel Laplénie et des choristes et musiciens sélectionnés à Bordeaux et Paris. Le Festival poursuit donc là sa mission de formation des jeunes talents.

J.L. S. -  Dans l'histoire du Festival, nous avons pensé très vite à l'Académie,  comme un complément indispensable. Et cela, à une époque où ce n'était pas forcément évident de dédier, dans un tout petit village, un lieu à la formation des jeunes musiciens, de choristes, dans les différentes disciplines,  une dizaine d'années autour de la voix, autour du quator à cordes et maintenant, de la musique ancienne. Une volonté  d'être présent dans un temps assez long et de bâtir des relations fortes avec des maîtres de grande qualité. Michel Laplénie est de ceux-là; on connaît son enracinement en Aquitaine: il est né à Brive a des liens dans cette région - ce n'est d'ailleurs pas un  hasard si on l'a programmé à Brive en octobre avec Fairy Queen - C'est un axe nouveau que ce développement de l'Académie à Brive dont le député maire est très demandeur...

Le rôle de l'Académie est d'avoir ce rayonnement. Michel Laplénie a su s'entourer, c'est un  remarquable pédagogue. Chaque année nous nous attachons à trouver des oeuvres qui permettent à un grand nombre d'interprètes, à la fois instrumentistes et chanteurs, de se produire. Des œuvres équilibrées ou les rôles peuvent être bien distribués. Outre leur intérêt artistique, les deux opéras sacrés, oratorios de Charpentier et Purcell qu'on a choisis cette année, avec comme thème commun l'hommage à Sainte Cécile, patronne de la musique, sont des oeuvres à la fois très brillantes et très expressives. Elles traduisent la richesse de la musique français et anglaise de cette époque là où la dimension sacrée était fortement publique; songeons à la fameuse ode à Sainte Cécile de Purcell qui a fait, à plusieurs reprises, un tabac à Londres, à l'oratorio de Charpentier, donné lui-aussi, à plusieurs reprises sous Louis XIV. Donc deux œuvres qui résonnent bien et permettent de faire travailler beaucoup de jeunes musiciens ensemble. On retrouvera ces jeunes, lors d'un  autre concert à Auriac.

L'Académie de musique Ancienne qui, comme  toujours, a un relais  avec la musique pour orgue, au mois de septembre, porte cet écho dans les formations, exprime aussi la dimension spirituelle du Festival dans ces lieux exceptionnels que sont l'abbaye  de Saint-Amand De Coly et la cathédrale de Sarlat.

Propos recueillis par Joël Aubert

www.festivalduperigordnoir.fr